

info@association-des-amis-de-sacha-guitry.com
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L'Association des Amis de Sacha Guitry est une organisation dédiée à la promotion et à la préservation de l'œuvre et de la mémoire de Sacha Guitry (1885-1957), célèbre dramaturge, acteur, réalisateur et figure emblématique du théâtre et du cinéma français.
L'association vise à servir le théâtre français en faisant mieux connaître et apprécier Sacha Guitry, l'un de ses grands auteurs dramatiques. Elle cherche à diffuser sa personnalité et son œuvre par divers moyens : publications, conférences, expositions, organes de presse et supports multimédias.
Elle opère sans but lucratif et encourage la participation des amateurs et spécialistes de l'œuvre guitryenne.
Les activités incluent la publication de livres, de biographies et de textes inédits, ainsi que des interventions médiatiques comme des interviews à la télévision et à la radio.
Par exemple, en 2025, l'association a promu dans plusieurs radios une pièce inédite intitulée Mon Auguste Grand-Père, avec des entretiens d'Albert Willemetz et Alain Malraux. Elle organise potentiellement des événements culturels.
L'association maintient une grande présence en ligne via un site web https://association-des-amis-de-sacha-guitry.com/ et une page Facebook gérée par Albert Willemetz, où sont partagées des infos sur les sorties et les hommages.
L'association est active dans l'édition :
et aussi des oeuvres de SACHA GUITRY:
Cette association joue un rôle essentiel dans la revitalisation de l'intérêt pour Sacha Guitry, dont l'œuvre compte 125 pièces de théâtre, 40 films, 7 revues écrites avec Albert Willemetz, des Opérettes à grand succès, 100 Galas ( pour des oeuvres), inaugurations poste radio, 2 expositions de dessins chez Bernheim et de nombreux écrits, marqués par un esprit vif, une grande profondeur d'analyse masquée sous une légèreté apparente et une élégance parisienne intemporelle.
Si vous souhaitez des détails spécifiques sur une publication ou un événement, n'hésitez pas à le demander !
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Le 21 Février 1885 nait, en Russie, un enfant « extrêmement rouge ». Cela ne commence pas très bien. « C’est un monstre, mais ça ne fait rien, nous l’aimerons bien tout de même » réplique Lucien Guitry, comme en écho au « Quand même » de Sarah Bernhardt dont c’est la devise.
Si nous sommes à Saint Pétersbourg, c’est grâce à Lucien Guitry.
Cet acteur exceptionnel est un homme libre : il refuse de travailler avec des personnes qu’il n’apprécie pas.
Le fait est rare, notons-le. Son talent lui donne l’indépendance de choisir. Devant payer un dédit très important à un théâtre parisien dont il ne supporte pas le directeur, il part en Russie - contrat fabuleux de cinq ans - où il peut jouer ce qu’il veut comme il veut.
Le fils qui vient de naître aura le même trait de caractère. Et son talent rendra possible aussi cette détermination, ce choix de travailler, sans concession, en homme libre.
C’est le Tsar qui est le parrain de l’enfant de Lucien Guitry, comme Louis XIV avait été aussi le parrain du fils de Molière. Certains monarques reconnaissent le génie plus que certains bourgeois. Et comme le Tsar s’appelle Alexandre, suivant la tradition, son filleul s’appelle Alexandre.
Diminutif Sacha, bien sûr.
La petit Sacha est devancé en Russie par un autre frère, si proche que les deux enfants sont séparés seulement de onze mois. Ils sont « jumeaux pendant une douzaine de jours par an ». Deux autres enfants de Lucien Guitry, nés en France, mourront en bas âge. Car la grande saison de théâtre à St Pétersbourg ne dure que l’hiver. L’été, les Guitry rentrent en France.
Les parents de Sacha s’étaient adorés. Lucien va demander trois fois la main de celle qu’il aime à Monsieur de Pont-Jest, le père de la ravissante jeune fille de vingt ans. Lucien Guitry essuie un troisième refus : il est déjà célèbre, à vingt et un ans, mais c’est un acteur et cela ne plait pas à la belle famille.
Donc – comme si c’était la réponse classique - il enlève celle qu’il aime et va se marier à Londres. Pourquoi Londres ? Parce que Lucien Guitry y joue, avec Sarah Bernhard, qui sera son témoin de mariage.
L’amour arrive aussi mystérieusement qu’il part et c’est le divorce. Sacha a 5 ans. La mère a la garde des deux enfants.
Tout se passe très bien et chaque dimanche, les enfants Guitry dînent chez leur grand-mère Guitry. Lucien doit repartir en Russie : c’est sa cinquième et ultime saison d’hiver à St Pétersbourg.
Mais il ne repart pas seul. Ce père de 30 ans veut être avec son fils – c’est un vrai père – et il faut le souligner. Cet homme séduisant entouré de jolies femmes, déjà au sommet de sa gloire, est un amant plus qu’un mari, mais il est aussi un vrai père. La répétition est voulue.
Lucien Guitry enlève Sacha, profitant du traditionnel dîner familial du dimanche chez sa mère, sous le gentil prétexte d’aller acheter des gâteaux au petit Sacha. Même à 5 ans, Sacha comprend vite ce qui arrive. Il ne s’y oppose pas du tout. Ça aussi, c’est extraordinaire.
A noter que Lucien Guitry choisit Sacha, et non son frère ainé.
Monsieur de Pont-Jest, le beau-père maintenant, prend très mal l’enlèvement de son petit-fils (c’est le second enlèvement de son gendre !) et il essaye d’empêcher le passage aux frontières. Lucien cache Sacha sous une couverture du compartiment du train.
Arrivés à St Pétersbourg. Lucien Guitry travaille beaucoup : au rythme extraordinaire d’une pièce nouvelle chaque semaine.
Et le petit Sacha :
A celle qui me couchait, j’ai demandé un jour :
Où va papa le soir ?
Elle m’a répondu :
Il va travailler pour te gagner des sous
Et devant ma surprise, elle ajouta :
Dame, il va jouer ce soir.
Et je me suis endormi avec cette idée que l’on pouvait gagner des sous en jouant – et j’ai grandi avec cette idée que le mot jouer était synonyme du mot travailler. Et je n’ai pas changé d’idée.
A St Pétersbourg, Lucien déjeune tous les jours avec son fils. Un vieux monsieur vient parfois déjeuner aussi : c’est le célèbre clown Douroff, mais on ne le dit pas à Sacha. Volontairement.
L’après-midi, Sacha va au cirque. Le clown - le même bien sur- lui dit devant tout le public « voici un petit enfant qui n’a pas terminé sa soupe hier !! »… « et c’était vrai » ajoute le petit Sacha émerveillé !
Lucien répète tout le temps ses rôles, comme Sacha fera plus tard, même à table, travail incessant pour atteindre le sommet de son art.
Son père fait réaliser, pour l’enfant de cinq ans, une réduction à sa taille de la plupart de ses costumes de scène. Et les nombreuses photographies montrent un père fier de son fils et un fils ravi.
Lucien fait encore plus : il va faire jouer son fils de 5 ans avec lui. L’idée est exceptionnelle et on ne connaît pas d’autre exemple tant cette situation est incomparable.
Et pour cette première représentation où ils seront tous les deux sur scène, Lucien Guitry a écrit lui-même une pièce : c’était donc son intention formelle de faire jouer Sacha.
C’est une pantomime et ils sont habillés de façon identique : Pierrot blanc. Sacha porte le costume trop grand de son père, symbole de la transmission à son fils. Lucien joue le rôle du père, Sacha celui du fils. Le théâtre, c’est leur vie « normale » … Lecteur de ce livre, si vous êtes comédien ou enfant de comédien, vous me comprenez parfaitement.
Nous sommes en Russie. Où jouer la première fois pour créer le plus beau souvenir ? Au fabuleux palais impérial de Tsarkoïe Selo ! Impossible de trouver un plus merveilleux décor.
Quel public ? Le Tsar et la famille impériale ! Public exceptionnel pour ces beaux débuts. Ils parlent un français parfait.
Après la représentation, Lucien et Sacha dînent avec le Tsar, l’Impératrice, le Tsarévitch, les grands-ducs et les grandes duchesses. Molière aussi avait dîné à la table de Louis XIV.
Lucien Guitry, qui a dû faire répéter à la perfection le petit Sacha pour la pantomime, lui donne aussi des instructions pour se tenir à table. Quand on se sert soi-même, on ne laisse rien dans son assiette. Sacha est assis à la droite du Tsar. En face, le Tsarévitch – le futur Empereur Nicolas II. Le petit Sacha du haut de ses 5 ans se sert de fromage et…fait tomber le morceau entier de gruyère dans son assiette, de la taille d’une boite de dominos. Courageux et résigné, il attaque héroïquement avec couteau et fourchette l’énorme morceau avant que le Tsar Alexandre III, son parrain, ne l’arrête dans un énorme éclat de rire.
Pierrot père et Pierrot fils, où Lucien prend son fils dans ses bras sur scène. Un souvenir ineffaçable pour l’un comme pour l’autre. Et plus tard, 28 ans exactement, Deburau !
Malheureusement la saison est terminée et il faut rentrer à Paris : le rêve se termine. Quand Sacha retrouve son frère à Paris, celui-ci le voyant habillé comme en Russie, en vert - déjà - avec un large béret à grande plume, lui dit « pourquoi qu’on t’habille en singe ».
En semaine, école. C’est de leur âge et d’autant plus ennuyeux quand on a des parents … si peu ennuyeux.
Le dimanche, famille. Déjeuner chez son père. Puis, des coulisses, le petit Sacha va voir sa mère qui joue au théâtre depuis son divorce. Ensuite dîner traditionnel au Palais Royal chez la mère de Lucien Guitry, puis le soir, toujours des coulisses, il va voir son père jouer au théâtre. Sans oublier de saluer le matin et le soir, Sarah Bernhardt qui fait partie de la famille.
Dans la pension de Sainte-Croix de Neuilly, première communion avec Albert Willemetz. C’est l’oncle maternel de Sacha, Mgr de Bonfils, Evêque du Mans qui célèbre la messe. Pas mon grand-père bien sûr.
Sacha n’a pas la foi : « ceux qui me l’ont donnée, ce sont quelques athées, plus tard, que j’ai connus. »
Un beau jour, Lucien passe à l’improviste à la pension de Sacha, rue de Passy, de sa voiture, dit à son fils qui est à la fenêtre : « Je vais déjeuner à Ermenonville, et toi ? ». Sacha saute de joie et courre vers son père. Au directeur de l’école qui tente de l’en empêcher, Lucien Guitry répond : « foutez vous donc de ça ».
Lucien Guitry, quand il avait 13 ans n’allait pas à l’école mais en cachette à la bibliothèque municipale où il a appris par cœur la totalité du théâtre classique français - vous avez bien lu. Donc, il « relativise » l’utilité de l’enseignement scolaire de l’époque.
Sacha va si bien faire qu’il est renvoyé constamment des écoles où il retrouve son frère. Le livre de classe montre des enfants indisciplinés face à des professeurs impuissants. Sacha n’apprendra rien à l’école. Son immense culture, il la devra plus tard, à ses choix sélectifs sur les sujets qui le passionnent.
Il est toujours en 6ème, « sa 6ème » puisqu’il l’a redoublé 12 fois - à chaque changement d’établissement, on recommence la classe précédente. Dans la dernière pension, donc encore en 6ème, il écrit une pièce de théâtre (ce n’est pas au programme de la 6ème ). Il a 16 ans, et c’est LE PAGE qu’il réussit à faire jouer au théâtre des Mathurins, grâce à son ami Francis de Croisset qui connaît la directrice.
Notons qu’il ne le demande pas à son père. Notons aussi que le jeune Sacha ne joue pas, il est auteur.
La directrice du théâtre des Mathurins lui demande de transformer sa pièce en comédie musicale : le compositeur a 73 ans, cela fait une moyenne.
Sacha est toujours à l’école, donc toujours en 6ème, dans sa douzième et dernière pension. Le directeur de cette ultime pension va voir Lucien Guitry, dans sa loge au théâtre, pour se plaindre de son élève.
Monsieur, j’ai conçu le projet de renvoyer de chez moi monsieur votre fils … mais, hélas ! cela m’est impossible.
Pourquoi ? lui répondit mon père. Si vous ne pouvez pas le garder, tant pis, que voulez-vous, mettez-le dehors !
Mais je ne peux pas, monsieur. Je ne peux pas le mettre dehors … il n’est pas rentré depuis 5 jours !
Et le 15 avril 1902, une date fait sérieux dans une bibliographie, c’est la première représentation de sa première pièce LE PAGE. Sacha écrit déjà une autre pièce : YVES LE FOU.
Sacha vient de perdre sa mère et ayant fini ses études – si, on peut le dire comme ça - va habiter chez son père, 26 place Vendôme.
Lucien Guitry invite à déjeuner chez lui chaque semaine Tristan Bernard (qui offre à Sacha sa première bicyclette quand il n’écrit pas des pièces de théâtre), Jules Renard (qui note tout dans son Journal) et Alfred Capus (de l’Académie Française, auteur de pièces de théâtre et qui dirige si bien la rédaction du Figaro). On appelle les quatre amis « les mousquetaires ». Alphonse Allais (aux contes irrésistibles), vient souvent.
A quatorze ans, Sacha avait déjà écrit à son père son désir de jouer. Réponse sage du père mais qui semblait alors amère au fils : « …il faudra en reparler et nous en reparlerons » Sacha avait commencé alors à dessiner, activité solitaire.
Mais aujourd’hui, Sacha demande à son père de lui donner des cours pour bien jouer : Lucien Guitry l’envoie à un professeur de théâtre, un vieil acteur du Français. Pourquoi ? Pour ne pas être trop indulgent avec son fils, pour le dégouter des cours de théâtre – lui qui n’y croyait pas – pour ne pas lui faire de la peine ? Obéissant à son père, Sacha va voir le vieil acteur – cours inutile, d’ailleurs unique. Sacha suit alors le conseil du comédien Noblet qui lui dit de jouer pour apprendre son métier.
Sacha réussit à se faire engager dans un théâtre à Versailles, dans un rôle secondaire. Son frère a une idée vraiment burlesque de costume qui déclenche l’hilarité du public. Pas une bonne idée quand on joue un drame de Victor Hugo : Hernani. Renvoyé.
Lucien Guitry va alors exaucer le souhait de son fils. On connait, paraît-il, des exemples du contraire dans de nombreuses familles.
Lucien Guitry engage dans son théâtre, LA RENAISSANCE - au si beau nom - son fils qui a vingt ans.
Et lui donne 300 Francs par mois ! Coquette somme qui est de l’argent de poche puisque Sacha habite chez son père.
Difficile de mettre deux Guitry sur l’affiche : Sacha jouera sous le nom de Lorcey, choisi par son père. Petits rôles bien distribués, correspondant à l’emploi de Sacha jeune homme.
Sacha a même déjà espéré pouvoir jouer avec son père dans la prochaine pièce. Il apprend vite le rôle alors que le choix des acteurs n’est pas décidé. Mais c’est un autre acteur qui jouera le fils : « Mon père avait raison » écrira Sacha plus tard.
Sacha écrit sa troisième pièce LE KWTZ que reçoit le théâtre des Capucines. Le KWTZ plaidoirie loufoque contre le suicide des amoureux.
Situation unique : il écrit des pièces qu’il ne joue pas, mais joue les pièces des autres dans le théâtre de son père.
Dans LA BONNE HELENE de Jules Lemaitre, il est si ravi de son costume dans le rôle de Pâris, le « beau Pâris », qu’il va se faire photographier chez le fils du fameux Nadar. Il arrive 20 minutes en retard au théâtre : les spectateurs tapent du pied depuis 10 minutes pour faire lever le rideau. Scandale. En plus, Sacha ayant oublié sa perruque, son casque est trop grand, le « beau Pâris » est ridicule, ses camarades pouffent de rire, et c’est l’emboitage. Ce n’est pas sérieux. Tumulte, public furieux... comme Lucien Guitry triplement furieux : retard inadmissible ! Costume devenu ridicule qui fait rire ses camarades en scène ! et c’est son propre fils !
100 francs d’amende ! Affiché au tableau de service. Sacha réclame, s’y prend mal, et Lucien répond que c’est à prendre ou à laisser.
Et comme le père avait quitté Paris et était parti pour la Russie, ne faisant jamais de concession, ne supportant pas ce qu’il ne supporte pas, son fils part aussi. - curieuse phrase ! - Alphonse Allais l’aurait attribuée à Leroy-Beaulieu en ajoutant « sic » -
Seulement là, il n’y a pas le filet de la renommée pour pouvoir gagner sa vie.
Certaines personnes très intéressées par les histoires sentimentales des autres personnes et qui seraient peut-être mieux inspirées de s’occuper d’abord de leurs propres histoires de coeur – c’est gentil d’appeler cela des histoires de cœur – ont donné une version ridicule. La cause serait une jolie, intelligente et ambitieuse comédienne, maitresse du père et maintenant maitresse du fils.
Lucien est un très bel homme qui a d’innombrables succès féminins. Du charme, une prestance physique magnétique, très grand et l’homme le plus érudit de son époque dira Albert Willemetz qui l’a bien connu. De plus, il est très célèbre ce qui ne déplait généralement pas aux jolies dames. Il a aussi un appétit inouï et pas seulement au restaurant. Vous me comprenez. Si, si, vous me comprenez.
Son train de vie est celui d’un prince. Une seule de ces qualités suffirait à avoir une infinité de maitresses. Vous me comprenez aussi.
Et les actrices font merveilleusement l’amour. Sacha écrira :
… Si les femmes honnêtes, qui le sont presque toutes, ont toujours été jalouses des actrices – les hommes ont toujours été jaloux des acteurs – car le public est convaincu que les acteurs sont les amants de cœur des actrices – ce qui est d’ailleurs absolument exact !
Voilà pour Lucien. Pour Sacha, il est beau et il a 20 ans ! Plein de charme, acteur, jeune, auteur de trois pièces jouées et c’est le fils du comédien le plus célèbre. A-t-on besoin d’en dire plus.
Il y a certainement – ce qui veut dire que la chose n’est pas certaine - il y a certainement beaucoup plus qu’une très jolie actrice que le père et le fils aient eu en commun, j’allais dire en partage.
C’est de famille. Le grand-père maternel de Sacha n’avait pas résisté au charme de la première maitresse de Sacha. Il n’y a eu aucun drame.
A 16 ans, Sacha tombe sous le charme d’une ravissante actrice, le lui dit et elle répond « je vous arrête tout de suite, car je suis votre tante ! » : elle était la fille naturelle du grand-père maternel ce qu’ignorait Sacha.
Le témoignage définitif sur la rupture Lucien / Sacha est donné par Albert Willemetz qui déclare que Sacha ne prenait pas le théâtre au sérieux à l’époque, qu’il blaguait et que son père ne pouvait plus supporter cela.
Albert Willemetz écarte définitivement le prétexte de la maitresse commune, la jolie Charlotte Lysès.
Séparation du père et du fils.
Sacha a peu d’économies et part de l’hôtel du Canada, rue Cambon : il va habiter dans le midi chez Alphonse Allais, qui n’est pas bien riche non plus. Il va vivre chez un des « mousquetaires », un grand ami de son père, une vie à la « Allais », écrivain d’une originalité et d’un humour uniques.
Débordants d’idées tous les deux, ils écrivent « ensemble » – chacun fait un acte sans le montrer à l’autre ! - une pièce vraiment surréaliste LA PARTIE DE DOMINOS où les comédiens portent en plus des dominos, ces costumes de bal masqué.
De retour à Paris, Sacha retourne à l’hôtel du Canada, rue Cambon, où habite aussi René Fauchois, qui avait joué avec Sarah Bernhardt, et qui écrira plus tard « Boudu sauvé des eaux ». Fauchois est pauvre et les revenus de Sacha bien faibles : Sacha vend 10 francs ses dessins humoristiques dans les journaux LE SOURIRE et LE RIRE.
La jolie, intelligente et ambitieuse actrice rejoint Sacha à l’hôtel du Canada.
Son rôle auprès de Sacha Guitry ? Comme elle le dira à madame Choisel, « je ne l’ai jamais inspiré ».
Mais elle va le faire engager pour jouer dans un théâtre… en fait un petit Casino de province. La représentation est désastreuse. Costumes, décor, tout est contre lui. Echec total qui aurait pu être définitif.
Sacha déçu se dirige vers une papeterie, achète du papier pour faires des dessins …
Sacha dessine Tristan Bernard, Jules Renard, son père surtout.
Car il pense tout le temps à son père et cela lui donne l’idée d’écrire immédiatement, sur les feuilles de dessin, le début d’une nouvelle pièce : NONO.
L'ouvrage comprend de nombreuses photographies et il est disponible à la Librairie Gagliani à Paris ou sur Amazon.
23 août. 5 hommes menaçants, très jeunes et armés font irruption sans aucun document officiel chez Sacha Guitry à 11 h du matin et le conduisent – à pied – sans même lui laisser le temps de se changer, à la Mairie du VIIe… pour 60 jours de prison et être totalement innocenté ensuite deux fois par la Justice.
Il aurait pu être assassiné ce 23 août, et le self-control dont il ne s’est jamais départi, lui a permis aussi d’éviter à de nombreuses reprises d’être assassiné ou passé à tabac pendant 60 jours de prison.
La nomination de Sacha Guitry le 28 juin 1939 à l’Académie Goncourt a fait un jaloux, le critique littéraire du Figaro qui n’avait totalisé qu’une voix, celle de Lucien Descaves. Le Figaro avait fait campagne pour son critique et son directeur était ulcéré d’avoir écrit jadis « Devant cette idolâtrie fabuleuse du public, je songe que M. Sacha Guitry est vraiment heureux – le théâtre est sa vie et le théâtre est Roi et il est Roi au théâtre. P. B. »
Ce sera le fils de Lucien Descaves, Pierre Descaves qui sera le seul à publier, dans le journal LE CLOU, un article accusant Sacha Guitry de collaborateur – sans preuve et pour cause !
Devant le juge, Pierre Descaves se rétractera.
A-t-il fait cela pour faire plaisir à son père ? Ou pour se dédouaner d’avoir écrit un livre de titre HITLER ! avec des photos d’Hitler bébé ( ça existe !), de la famille d’Hitler… et une croix gammée en quatrième de couverture !
Trois journaux collaborateurs, ont traité de juif Sacha Guitry, avec les conséquences que l’on connaît à l’époque. Le Pilori, La France Socialiste et La France au Travail.
Les autorités allemandes ont alors demandé à Sacha Guitry de prouver qu’il n’était pas juif.
Les SS étaient convaincus qu’il est juif. Ce sont les seuls.
Mais cela aurait pu être dramatique, car à cause de la virulente campagne de presse, Sacha Guitry doit fournir les certificats de baptême de sa famille !
Impossible de retrouver l’acte de baptême de la grand-mère maternelle… heureusement sœur de Monseigneur de Bonfils, évêque du Mans.
Pour compléter le dossier, Sacha Guitry demande au Grand Rabbin une attestation d’aryanité.
Je lui demandais si j’étais juif.
Il me répondit
– Hélas, non !
Le juge d’instruction a demandé à Otto Abetz de témoigner au procès.
Vous savez qui est Otto Abetz ? C’est l’ambassadeur d’Hitler à Paris durant l’occupation de la France !
Le juge d’instruction lui a quand même demandé de témoigner contre Sacha Guitry ! En vain.
Voici sa déposition.
« JE SUIS CERTAIN QUE SACHA GUITRY N’AVAIT PAS DE RELATION DE SERVICE AVEC LES ALLEMANDS ET JE CROIS PAS NON PLUS QU’IL AIT EU DES RELATIONS PERSONNELLES ET MONDAINES NOMBREUSES. IL ÉTAIT DU RESTE CONSIDÉRÉ DANS BEAUCOUP DE MILIEUX ALLEMANDS COMME ÉTANT NON ARYEN »
OTTO ABETZ
Impossible d’être plus anti-allemand que Sacha Guitry.
Avant-guerre : de notoriété publique au point que même le président Poincaré trouvait que Sacha exagérait et devait être joué là-bas !
Pendant l’Occupation allemande, non seulement il refuse des contrats fabuleux pour aller jouer en Allemagne (1 million pour 15 représentations à Berlin) ou faire des films avec des producteurs allemands, mais il a refusé que toutes ses pièces y soient jouées.
Qui a fait la même chose à l’époque ?
Sacha Guitry « voit les allemands quand cela peut-être utile aux autres, mais dans mon intérêt jamais ».
Quand il apprend que Tristan Bernard vient d’être emprisonné, parce que juif, avec sa femme, il va immédiatement se proposer comme otage à la place du grand ami de son père et il obtient sa libération à l’hôpital Rothschild ! Certains ont dit que Arletty avait aidé, mais comme j’ignore si elle a fait libérer un seul prisonnier, je préfère m’en tenir au témoignage de Tristan Bernard.
Tristan Bernard : lettre au Juge d’Instruction Angéras du 21 septembre 1944
« Si j’intercède de toute mon âme en faveur de Sacha Guitry, ce n’est pas seulement pour payer ma dette de reconnaissance à celui qui a obtenu, en octobre 1943, ma libération, ce n’est pas seulement parce que je l’ai connu tout enfant, parce qu’il était le fils de mon grand ami Lucien Guitry, c’est parce que c’est un écrivain que j’admire, qu’il fait partie du trésor spirituel de la France. »
Tristan Bernard
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